Numérique : sortir d’une vision manichéenne



Usages responsables

Jennyfer Chrétien

Déléguée générale, think tank Renaissance Numérique

Santé, mobilité, nouvelles formes de participation et de solidarités, etc. Si la transformation numérique est synonyme d’opportunités multiples et inédites pour notre société, elle augmente également sa sensibilité. Cette transformation n’est pas binaire. Les réponses apportées ne doivent pas l’être non plus.

Fausses informations, discours de haine, captation de données personnelles non consenties, pas un jour ne passe sans que l’actualité ne soit marquée par l’évocation de nouvelles menaces numériques. Face à elles, les discours anxiogènes peuvent avoir un effet boomerang : au lieu de nous préparer à cette transformation, ils risquent de nous en éloigner.

Prenons l’exemple de la régulation des contenus haineux en ligne. Alors que la frontière entre le verbal et le physique tend à s’effacer et mine notre vivre ensemble, la régulation de la violence en ligne devient une urgence sociétale. La problématique est si complexe qu’elle ne se résoudra pas par la seule poursuite judiciaire des auteurs et la responsabilisation des acteurs hébergeant ces contenus. La tonalité coercitive du discours actuel – fin de l’anonymat, « hygiénisation » de l’information – omet le fait que le débat n’est pas binaire. L’internaute n’est pas un acteur passif, sans capacité de réflexion ni d’action. Encore faut-il lui donner les bons leviers, qu’ils soient juridiques ou issus de la société civile.

En savoir plus : Renaissance numérique

Nous déployons aujourd’hui des régulations numériques fragilisées dès leur entrée en application par un manque de ressources (quid du renforcement des capacités de la justice dans la future régulation des contenus ?) ou une faiblesse dans l’accompagnement des citoyens (comment leur faire appréhender ces nouveaux outils ou droits à leur disposition ?). Seuls 5 % des Français connaissaient par exemple précisément leurs droits en matière de données personnelles lors de l’entrée en vigueur du règlement général sur la protection des données, en mai 2018. Ces nouvelles régulations invitent à des approches transversales et multipartites dès leur conception.

Sophie Nerbonne

Pour des standards mondiaux de protection des données